Comme un tison sauvé du feu, Meira Barer

[Dédicace le 11 mars 2020 à 17h30, pour une rencontre inoubliable] 

Ecrire pour ne pas oublier, tel est le devoir de mémoire que nous offre Meira Barer. Il a fallu 50 ans pour que les souvenirs soient posés sur des feuilles de papier.

Meira Barer avait 9 mois lorsqu’elle fut raflée le 16 juillet 1942 au Vel d’Hiv. Cachée, rescapée, sauvée, ayant perdu son père et ses grands parents, Meira Barrer, dans son autobiographie bouleversante, nous raconte les étapes de sa reconstruction d’enfant cachée, cette résilience peu commune pour lier bout à bout tous les maillons de sa vie : la séparation, la rage, la réparation, la consolation, l’hébraïsation, la transmission, la filiation et la réconciliation.

Editions les trois colonnes 

Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin

preferer l'hiver aurelie jeanninDeux femmes, une mère et sa fille, endeuillée, meurtrie, ont tout quitté. Elles sont parties, trouver refuge dans une cabane, au coeur de la forêt. Elles vivent là, à se nourrir de l’essentiel – de leurs récoltes, de leurs quelques courses faites dans la ville la plus proche, à plus d’1h30 en voiture – à lire, se partager les mots des autres, pour mettre un son, une image, sur ce monde qu’elles ont fui, qu’elles ne comprennent plus.

La narratrice, la fille, raconte leur quotidien, leur douleur et leur force.

Aurélie Jeannin signe un roman à l’écriture intense, des phrases concises où le lecteur devra se faire une place, laisser les émotions brutes résonner comme un écho dans le silence d’une forêt en plein hiver. Un style âpre où le givre craque, la neige étouffe les bruits, les animaux se blottissent, où ces deux femmes apprennent à vivre leur solitude et leurs pertes. Un livre qui ne raconte pas le deuil, mais le rend palpable, lui donne chair, comme un compagnon douloureux mais nécessaire. Un livre qui parvient à faire sentir la puissance de la résilience de ces deux femmes.

Editions Harpercollins (2020) 

Kim Jiyoung née en 1982, Cho Nam Joo

Vivre le quotidien depuis sa naissance d’une jeune coréenne née dans les années 80 à nos jours est le sujet central de ce roman. En effet, la condition féminine est sans cesse remise en question. L’avenir au féminin tente de faire sa révolution grâce à l’éducation des hommes.

Kim Jiyoung est la voie de toutes ces femmes coincées entre le rôle de mère et l’envie d’être l’égale de l’homme. Un livre sur la société coréenne au machisme ordinaire où la femme est instrumentalisée. L’héroïne s’insurge contre le patriarcat et en veut à la société toute entière. Et si on inversait les rôles, jugerions-nous les hommes de la même façon ?

Edition Nil 

Cho Nam-joo est née en 1978 en Corée du Sud. Scénariste pour la télévision, elle publie en 2016 son premier roman, Kim Jiyoung, née en 1982. Dès sa sortie, le roman crée la polémique. C’est l’un des rares livres à avoir dépassé plusieurs millions d’exemplaires en Corée.

Une poignée de vie, Marlen Haushofer

poignee de vie marlen haushofer actes sudUn homme meurt dans un accident de voiture. La famille, alors, se rend compte, qu’il n’était plus aussi prospère que ça. Son usine de clous (oui c’est drôle !) ne marchait plus tellement. Du coup, la demeure familiale est mise en vente.
Une famille succinctement présentée, mais où Marlen Haushofer glisse déjà des fissures, des troubles.

Après plusieurs échecs d’acheteurs, arrive Betty.
Taiseuse, peut-être malade, le fils est perturbé : il l’apprécie et se sent un peu mal à l’aise en sa présence. En tout cas, elle semble vouloir acheter la maison. Pour la nuit ils l’hébergent dans la chambre d’ami.e.s.

Le récit alors change de point de vue, et plonge dans la tête, les pensées, les frissons de Betty. Dans un tiroir, elle découvre des cartes postales et des photos d’un autre temps. Un autre temps qu’elle a connu. Un monde dont elle ne fait plus partie.
Et alors Betty va faire face à son passé. Comment cette femme a un jour fuit, tout quitté. Comment de la jeune fille élevée par les sœurs, va découvrir qu’elle pose trop de questions, pense trop, n’arrive pas à rentrer dans le moule. Comment la jeune femme va tenter de suivre le chemin tout tracé de l’épouse, la mère, et ne pas s’en contenter. Lire la suite

La nuit atlantique, Anne-Marie Garat

Lors d’un voyage dans le Médoc pour revendre une vieille villa achetée dix ans auparavant sur un coup de tête, Hélène va se confronter à son enfance, ses cauchemars et ses choix de vie dans une atmosphère de bout du monde sur les rivages atlantiques. De sa collocation forcée avec un photographe québécois verbeux et une filleule impulsive à sa rencontre fortuite avec un géomaticien fantasque à la retraite, son séjour se transforme en une cascade d’événements rocambolesques qui feront bifurquer irrémédiablement le cours auto-infligé de son existence…

Ce nouveau roman confirme une fois encore Anne-Marie Garat comme une des meilleur-e-s auteur-e-s français-es de notre époque. A travers son écriture si singulière, elle nous entraîne dans les circonvolutions mentales d’une femme moderne, encombrées de ses peurs, ses préjugés, ses erreurs, ses blocages latents et ses désirs refoulés, que viennent perturber et altérer les confluences humaines, les situations absurdes et les réalités du monde extérieur. Un récit à la fois loufoque et sensible qui nous tient en haleine, sans que manquent de s’y infiltrer les grands questionnements actuels du patriarcat, de l’environnement et de l’auto-détermination.

Ed. Actes Sud (2020)