Dans la forêt, Jean Hegland

dans-la-foret gallmeisterUn père et ses deux filles (entre 15 et 17 ans) vivent au cœur de la forêt en Caroline du Nord. Ils sont isolés du reste du monde. Le livre commence le jour de Noël, comme un journal intime écrit par Nell. Et tout de suite, on sait, ça ne va pas.

Il n’y a plus d’électricité, plus d’avion, le monde est en phase post-apo. La mère est morte, le père également. Elles sont seules dans cette maison, et elles vont apprendre à survivre.
 
Au départ, elles s’accrochent à leur vie d’avant : Eva continue à danser, tous les jours, à s’entraîner, espérant, quand le monde reprendra son cours, entrer dans une école. Nell avale les bouquins, puis l’encyclopédie, pour préparer son entrée à Harvard. Elles se nourrissent de leurs réserves de nourriture, vivent au jour le jour.
Puis, petit à petit, des évènements, et des besoins, vont les faire évoluer. Nell va devenir une vraie Survivor. A faire son potager, à étudier les plantes sauvages, à faire des conserves… Eva suit le mouvement, comme la danseuse consciencieuse suit les pas de son professeur.
Il va y avoir des drames, évidemment.
Des choses belles, aussi.
Des moments intenses, de peur, d’adrénaline (les ours ne sont pas loin, la menace de l’homme qui rôde peut-être), de mornes journées à lutter pour préparer la survie à l’hiver.
Et j’étais happée. Tranquillement baladée. C’est le type de livre qui entraîne dans son histoire, qui donne l’impression au lecteur d’en faire partie.
Jean Hegland a construit Dans la forêt sur deux mouvements : une première partie où le présent s’éclaire petit à petit par la révélation du passé, des flashbacks qui sont racontés par Nell. Ses souvenirs, leur histoire, qu’elle couche par écrit, et qu’elle chérit, à laquelle les sœurs s’accrochent désespérément.
Dans la deuxième partie, Nell prend les choses en main et passe ses journées à faire du monde qui l’entoure non plus une entité mystérieuse et dangereuse, mais une ressource de vie, toujours dangereuse, mais apprivoisée.
Eva reste toujours en retrait, elle suit sa sœur, une tragédie lui fait renoncer à la danse, nous ne saurons jamais complètement ce qu’elle pense, ce qu’elle est, son personnage reste vaporeux, a l’air de suivre le mouvement provoqué par les secousses extérieures. Elle est aussi le point de concentration nécessaire à Nell pour se donner l’impulsion de faire les choses.
C’est un livre fort humainement, très beau dans ses descriptions de la nature, avec une évolution logique des personnages, une cohérence de leur mode de vie, et un monde décimé (a priori par un virus ou deux ou trois) vu par la toute petite fenêtre de deux adolescentes dans leur maison au milieu de la forêt. On ne sait rien ou très peu, du cou du monde extérieur on ne sait presque rien, et de moins en moins.
Un livre qui rappelle Station Eleven d’Emily St John Mandel par le thème post-apocalyptique mais traité d’un point de vue très humain, sans grande cavalcade, ni de focus sur ce qui a mené le monde à sa perte mais qui se concentre sur la survie, après. Et l’attachement aux livres, au savoir, de Nell rappelle aussi beaucoup l’importance de Shakespeare et de la musique dans Station Eleven.
Et le final atteint un paroxysme en tension et en réconciliation, et en porte ouverte, c’est parfait.
Gallmeister (2017) (sortie aux Etats-Unis en 1996)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *