Eve

Eve Bohu libraire mordue de littératures nippone, africaine et policière

À l’inverse de certains, Eve n’a pas eu un parcours de vie tout tracé, rectiligne, évident.

Peut-être parce qu’elle a rêvé très tôt de liberté, de voyage et d’aventure alors qu’elle suivait sa mère de ville en ville, – Asnières, Nemours, Montargis et enfin Château Landon-, où solitude rimait souvent avec ennui …

À l’adolescence tout change. Elle veut bouger, respirer, découvrir. Son diplôme de secrétariat en poche, elle se fait recenser et se porte volontaire pour intégrer l’armée de terre. « Un monde nouveau où tout était structuré, dit-elle. Je m’y sentais vraiment bien ! ».

Secrétaire auprès du ministre de la Défense d’alors, elle travaille dans les palais de la République tout en suivant une formation militaire en alternance.  « Je garde de très bons souvenirs de cette époque, confie-t-elle. Je fréquentais des gens intéressants, mais surtout j’y ai gagné une formidable envie de découvrir le monde, d’aller voir ce qui se passait au-delà des frontières… ».

Au terme de son contrat, elle quitte l’armée et revient dans le civil. Dès lors, tandis qu’elle enchaîne les expériences professionnelles chez Renault, puis dans un laboratoire pharmaceutique américain, elle découvre la beauté fascinante de l’Afrique, mais aussi, ajoute-t-elle, « la misère, la solidarité et l’esprit de famille ». Mieux, elle y croise Zakia, « sa mère de cœur », qui reconnaît en elle la fille qu’elle n’a pas eue… C’est aussi le moment de la rencontre avec l’artiste musicien qui deviendra son mari et le père de sa fille, Ambre.

« Moment charnière que d’avoir un enfant, avoue-t-elle, on change. ». Elle reprend alors sa vie en main. Plus question de voyages, d’improvisations, et d’insécurité. Elle se sépare de son mari et organise sa vie en fonction de sa fille. Désormais, elle rêve de stabilité, d’horaires fixes, d’organisation.

À cette époque, elle travaille pour relais H où elle assure les remplacements en kiosques. « Un travail de chien, reconnaît-elle, mais aussi l’occasion d’être en contact avec la presse, les livres et l’écrit. J’étais dans mon élément ».

Vient alors le moment où le destin lui fait un signe. Selon l’un des représentants du journal Le Monde, la libraire Maruani chercherait quelqu’un pour s’occuper du rayon de la presse. Elle n’hésite pas et se porte candidate. Et c’est le premier contact avec Nicole Maruani, qui l’engage aussitôt.

Peu après, à la demande de cette dernière, elle s’investit de plus en plus dans la vente des livres et travaille désormais à plein temps.

Pour Eve c’est la révélation. « J’avais l’impression de m’intégrer à une structure familiale chaleureuse, explique-t-elle. Cela me portait… »

Au terme d’un dizaine d’années d’activité auprès de Nicole, elle se sent désormais à sa place dans la librairie, au milieu des livres. Les dédicaces, les rencontres avec les auteurs, et la relation avec les clients, sont également devenus de grands motifs de satisfaction. « Ce qui est formidable lorsqu’on conseille un client, c’est d’avoir l’impression d’être utile, d’aider et de faire plaisir ».

« Aujourd’hui, comme elle le dit avec un sourire entendu, la boucle se boucle. Quand j’étais jeune, je m’échappais grâce aux livres, aujourd’hui, je reviens à la réalité, grâce à eux ».

Une réalité heureuse et apaisée qui l’emmène dans d’autres voyages, autrement.

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