J’avais une île, Lorenza Pieri

C’est sur une petite île au large de la Toscane que naissent et grandissent Caterina et Teresa, pendant les années de plomb. Dans ce milieu insulaire qui tente tant bien que mal de résister aux agressions du monde extérieur, les deux sœurs forgent leur caractère sur les pierres blanchies au soleil, les bateaux de pêche et la mer infinie. Tiraillées entre une mère explosive aux idées révolutionnaires et un père adulescent porté sur les filles et la boisson, une grand-mère soumise et un passé familial douloureux, leur amour pour leur île et l’une pour l’autre est constamment mis à l’épreuve par l’univers des adultes, surtout lorsqu’elles le deviennent à leur tour…

Portée par la voix touchante et mal assurée de la cadette Teresa, cette saga familiale qui s’étend sur une quarantaine d’années n’est pas sans rappeler Elena Ferrante, avec peut-être plus de caractère, moins social mais plus ancré dans l’Histoire (l’attentat de la Piazza Fontana, en 1969, est un fil conducteur). L’écriture de Lorenza Pieri rend ce récit individuel et à consonances autobiographiques, étonnamment ouvert sur l’extérieur, avec des thèmes universels tels que la disparition progressive d’une époque à coups insidieux de mondialisation, la solidarité sororale, le combat des femmes, la jalousie, la haine du père et le poids de la mémoire ; tout cela étudié à travers le kaléidoscope nombriliste de la narratrice qui jusque tard dans sa vie cherchera à faire tourner le monde autour d’elle avec tout cet amour qui lui échappe au lieu de rester en-dedans.

Un très beau premier roman.

Editions Préludes (2019)

Traduit de l’italien par Julia Nannicelli

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