Le sel de tes yeux, Fanny Chiarello

fanny chiarello le sel de tes yeux l'olivierSarah est une adolescente vivant dans une petite ville du bassin minier. Elle est solitaire, elle fait beaucoup de course à pied, elle aime les filles. Elle se cache.
Parce qu’on ne peut pas être lesbienne dans son petit univers. Parce qu’on ne peut pas être différente.
Sa mère traque les signes, les traces, et les détruits, humiliant son enfant, l’enfermant, la regardant comme une dépravée.
Son père, image absente et invisible, l’homme de maison qui ne dit jamais rien et regarde sa télé.
Sa sœur qui est « normale » avec son petit copain et son avenir tout tracé.

Sarah n’a pas grand chose qui la sauve de la chute : la course, la musique, son amie Jasmine, plus âgée, comme une grande sœur réconfortante, la relation ambiguë et à distance avec Rose. Et elle se met à écrire. Mais tout doit être tenu absolument secret. Et quand des choses lui échappent, c’est la violence qu’elle subit.

« Sarah existe vraiment. Fanny Chiarello l’a croisée un jour, alors que la lycéenne passait en courant. Elle l’a photographiée, sans pouvoir lui parler. Alors elle a écrit ce livre dans lequel elle s’adresse à la jeune fille en lui prêtant une famille, des amis, une amoureuse. Une « lettre à une inconnue », brûlante comme le sel des larmes que l’on n’a pas versées. »

Un récit troublant, car les lignes sont flous, tout le long on ne sait la part de fiction et de réel, on ne sait si Sarah existe, si elle est un double de Fanny, ou si elles vont se rencontrer un jour.
Dans ce livre l’autrice s’adresse à son personnage mi-fictionnel mi-réel, un personnage qui pourrait être le reflet de ce qu’elle a elle-même été ou vécu. Dans un ton bienveillant, tendre, elle essaye de soutenir Sarah par ses mots qu’elle ne lira peut-être jamais.
Un récit qui se déroule sur une semaine. Une semaine c’est presque une vie quand on est ado, tout peut être bouleversé du jour au lendemain. Et dans Le sel de tes yeux, c’est un peu ça : Sarah se débat dans sa chrysalide, celle tissée par sa famille, la communauté, celle où elle manque de respirer, et parvient à coups de déchirure à s’en extraire. Non sans lutte, sans épreuve, sans coups au cœur.

Un très bel ouvrage.
À l’atmosphère douce-amère.

(Ed. de l’Olivier, 2020)

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