Dans la maison du père, Yanick Lahens

dans-la-maison-du-pere-lahens-wespieser[Dédicace mercredi 30 novembre 2016, 18h30]

L’histoire commence par une ado (13 ans) dansant pieds nus dans la rue, et qui soudainement se fait frapper par son père.
Petit retour en arrière, où Alice Bienaimé se raconte, son enfance, sa famille, et la passion pour la danse qui grandit en elle.
Elle raconte, petite, les moments de complicité avec sa mère au piano, son oncle souriant, la musique autour d’eux.
Elle raconte la cuisinière et nourrice à la fois, Man Bo, qui cache ses pratiques vaudous, ses croyances et ses histoires fabuleuses (mais les transmet à Alice).
Elle raconte son oncle qui rêve de voir les Haïtiens reprendre le contrôle sur leur pays, cesser d’avoir peur de leurs coutumes et leur culture. Cesser de se cacher.
Elle raconte sa découverte de la danse, l’émancipation, les mensonges, l’amitié, l’amour.

Et surtout, dans ce livre, c’est un grand cri de liberté qui de retenu au creux du ventre va jaillir, et bouleverser les gens, et le monde.

L’écriture de Yanick Lahens est belle, simple et imagée à la fois. Elle écrit avec les sens, le corps, la peau, la chaleur, les sons, la musique, la nature. Le monde qu’elle décrit est palpable. On s’attache à tous ces personnages, tous en combat. Pour préserver un monde qu’ils veulent propre, lissé, à l’occidental. Pour laisser s’exprimer leur soif de vie, leur culture et leurs traditions. Des mondes en luttent l’un contre l’autre. Car à Haïti, en 1940, on doit être civilisée, comme les blancs.
Toussaint Louverture, fin 18e, a mis en place des règlements obligeants les noirs à se cacher, à renier leurs traditions, et au milieu du XXe siècle c’est une faille vibrante dans les terres d’Haïti, qui divise les gens.

Ce livre se lit vite (176 pages), il est bouillonnant de vie et de révolte.
Il fait partie des romans d’apprentissage, de quête de soi, propre aux histoires autour d’adolescents. Et il est aussi un roman de famille, clivée et solidaire tout à la fois, et qui ne se comprend pas toujours. C’est un roman de révolte.

(Et l’édition poche de Sabine Wespieser est terriblement jolie dans sa simplicité et agréable sous les doigts)

Éditions Le Serpent à Plume (2000) (épuisé)
Éditions Sabine Wespieser (2015)

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