Artemisia, Alexandra Lapierre

artemisia lapierreAlexandra Lapierre signe avec ce livre une biographie détaillée et passionnante de la première femme peintre reconnue par l’académie, Artemesia Gentileschi.

Elle revient sur les violences formatrices de son existence : le viol par un ami de la famille assez tôt dans son adolescence, sa relation houleuse avec son père, lui-même peintre dans la mouvance du Caravage, la nécessaire émancipation qu’elle devra opérer pour affirmer son propre talent.
Mais aussi et surtout la difficulté d’être une femme d’abord, indépendante ensuite, et peintre de surcroît, dans cette Italie du début du XVIIe.
Autant d’événements qui ont sans aucun doute contribué à la profondeur et l’agressivité de sa peinture en clair-obscur, ayant également une incidence sur le choix de ses sujets : principalement des femmes, fortes et sanglantes. Lire la suite

Crève, mon amour, Ariana Harwicz

creve mon amour harwiczQuelque part, à la campagne, une jolie maison qui mérite quelques travaux. Un homme et une femme, mariés. Un bébé. C’est l’été, l’homme joue avec son fils dans la piscine en plastique installée dans le jardin. La femme est postée, à l’ombre, et imagine que la chaleur caniculaire, dans sa main, se transforme en couteau. Mais elle se lève, et va juste étendre le linge.

Ariana Harwicz signe un roman sans fard sur une femme qui lutte contre l’ennui, les nuits d’insomnie, l’emprisonnement, le carcan d’une vie, et les pulsions violentes qui l’envahissent, fissurent son enveloppe de femme, d’épouse et de mère.

Un monologue entre poésie, folie, détresse et violence, qui dénonce l’enfermement des femmes dans des modèles imposés par un monde patriarcal aveugle, sourd et égoïste. Lire la suite

Moi Tina Modotti, heureuse parce libre, Gérard de Constanze

Tina Modotti, d’origine italienne est une femme libre de la fin du 19ème siècle. Tour à tour, muse, actrice de théâtre, elle devient une photographe émérite et amante de figures politiques comme le révolutionnaire cubain Julio Antonio Mella de 15 ans son cadet. La camarade Tina Modotti poursuit son engagement politique auprès des plus faibles, animée d’une forte volonté de porter assistance aux exilés cubains.

Une vie d’errance depuis les Etats Unis au Mexique en passant par Berlin, l’Espagne, Paris notamment s’ouvre pour cette Mata Hari du Kominstern qui croisera Frida Kahlo, Diego Rivera, Capa, Seymour, Weston, célèbre photographe américain.

Tina Modotti est une femme libre, libertaire, libertine, trop libre pour son temps et son milieu. Merci à Gérard de Cortanze de nous offrir un portrait de femme scandaleuse mais courageuse

Editions Albin Michel

Écrivain, éditeur aux éditions Albin Michel, membre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, Gérard de Cortanze a publié plus de 80 livres, traduits en vingt-cinq langues. Parmi eux, des romans (Les Vice-Rois, prix du roman historique ; Cyclone, prix Baie des Anges Ville de Nice ; Assam, Prix Renaudot ; Banditi ; Laura ; Indigo, prix Paul Féval ; L’An prochain à Grenade, prix Méditerranée ; Les amants de Coyoacan…, Zazous, des essais (Jorge Semprun, l’écriture de la vie ; Hemingway à Cuba ; J.M.G. Le Clézio, le nomade immobile ; Pierre Benoit, le romancier paradoxal, prix de l’Académie française), et des récits autobiographiques (Une chambre à Turin, prix Cazes-Lipp ; Spaghetti ! ; Miss Monde ; De Gaulle en maillot de bain ; Gitane sans filtre…), Frida Kahlo, la beauté terrible.

Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin

preferer l'hiver aurelie jeanninDeux femmes, une mère et sa fille, endeuillée, meurtrie, ont tout quitté. Elles sont parties, trouver refuge dans une cabane, au coeur de la forêt. Elles vivent là, à se nourrir de l’essentiel – de leurs récoltes, de leurs quelques courses faites dans la ville la plus proche, à plus d’1h30 en voiture – à lire, se partager les mots des autres, pour mettre un son, une image, sur ce monde qu’elles ont fui, qu’elles ne comprennent plus.

La narratrice, la fille, raconte leur quotidien, leur douleur et leur force.

Aurélie Jeannin signe un roman à l’écriture intense, des phrases concises où le lecteur devra se faire une place, laisser les émotions brutes résonner comme un écho dans le silence d’une forêt en plein hiver. Un style âpre où le givre craque, la neige étouffe les bruits, les animaux se blottissent, où ces deux femmes apprennent à vivre leur solitude et leurs pertes. Un livre qui ne raconte pas le deuil, mais le rend palpable, lui donne chair, comme un compagnon douloureux mais nécessaire. Un livre qui parvient à faire sentir la puissance de la résilience de ces deux femmes.

Editions Harpercollins (2020) 

Une poignée de vie, Marlen Haushofer

poignee de vie marlen haushofer actes sudUn homme meurt dans un accident de voiture. La famille, alors, se rend compte, qu’il n’était plus aussi prospère que ça. Son usine de clous (oui c’est drôle !) ne marchait plus tellement. Du coup, la demeure familiale est mise en vente.
Une famille succinctement présentée, mais où Marlen Haushofer glisse déjà des fissures, des troubles.

Après plusieurs échecs d’acheteurs, arrive Betty.
Taiseuse, peut-être malade, le fils est perturbé : il l’apprécie et se sent un peu mal à l’aise en sa présence. En tout cas, elle semble vouloir acheter la maison. Pour la nuit ils l’hébergent dans la chambre d’ami.e.s.

Le récit alors change de point de vue, et plonge dans la tête, les pensées, les frissons de Betty. Dans un tiroir, elle découvre des cartes postales et des photos d’un autre temps. Un autre temps qu’elle a connu. Un monde dont elle ne fait plus partie.
Et alors Betty va faire face à son passé. Comment cette femme a un jour fuit, tout quitté. Comment de la jeune fille élevée par les sœurs, va découvrir qu’elle pose trop de questions, pense trop, n’arrive pas à rentrer dans le moule. Comment la jeune femme va tenter de suivre le chemin tout tracé de l’épouse, la mère, et ne pas s’en contenter. Lire la suite