Jours de sable, Aimée de Jongh

John Clark, jeune photo-journaliste décroche son premier gros contrat : aller prendre des clichés des habitants, de leurs maisons, des paysages, du Dust Bowl.

Dust Bowl, région entre l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, soumise à de terribles tempêtes de poussière, qui recouvrent tout, empêchent la culture des terres, atteignent les poumons des gens, poussent les populations à déserter ces dunes mortifères.

Jours de sable est vraiment une très belle bd et au scénario très bien mené.
Aucun moment d’ennui, l’histoire monte petit à petit en détails et cheminements. Le personnage, ce photo-reporter, passera de l’œil extérieur, témoin, à celui qui s’implique, discute, trouve l’humain.

Intéressantes réflexions sur la manipulation des images, sur le pouvoir de celles-ci. Sur le hors cadre.
Et sur l’implication du photographe par rapport à son sujet.

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Ce qui gronde, Marie Petitcuénot

« Que ce qui gronde prenne maintenant toute la place. »
Laurent Gaudé, Mille vies.

C’est l’histoire d’une jeune mère de 3 enfants qui capitule. Derrière les apparences d’une famille heureuse, l’autrice qui cherche la perfection, dénote la routine, les semblants par des lettres qu’elle adresse à ces enfants qu’elle adore. Son expression se retrouve dans l’écriture.

Chaque maman se retrouve dans les moments parfois difficiles de la petite enfance, quand la charge mentale pèse lourdement entre les devoirs, le ménage, les repas, les weeks qui partent en décrépitude, les promesses qui ne tiennent pas. On a envie de croire que tout peut s’arrêter sauf cette tendresse maternelle, qui, elle, ne s’arrête jamais.

L’autrice écrit des actes de résistances bouleversants. Ce ne sont pas les enfants qui sont la cause de ce qui gronde mais la sensation de s’être oubliée de perdre sa vie, écrit avec des mots justes, tendre et en quête de libération car « sauver sa vie c’est sauver la votre ».

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Le ventre des hommes, Samira El Ayachi

[Rencontre le jeudi 30 septembre 2021, 18h]

Hannah est une enfant issue d’une famille marocaine, immigrée en France au début des années 80. Ils vivent chichement mais soudés, dans une ville du Nord de la France, où le père est mineur.
Dans cette existence grise, entourée de corons, sous un ciel bas, Hannah trouve refuge dans les livres. L’intellectuelle de la famille, qui peu à peu, prend du recul avec les autres mais reste entre deux mondes.

Puis, adulte, Hannah découvre l’histoire de son père. Grâce à des documents officiels, elle retrace son parcours, du Maroc où la précarité et la sécheresse assaille les corps à la France, terre promise d’où un recruteur des mines en mission au Maroc, parvient à recruter plus de 100000 hommes. Le père, taiseux, est celui qui a vécu mille épreuves et a fini par s’engager dans le mouvement contestataire des mineurs marocains en 1987, face à la fermeture des mines.

Samira El Ayachi a une écriture vive et lumineuse, on sent le cœur battre entre les lignes, l’admiration pour des vies ballottées, des combattants solidaires. Par son regard chaleureux et plein d’humanité, elle nous fait découvrir un pan de l’histoire que l’on commence petit à petit à oublier.

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Jewish Cock, Katharina Volckmer

Récit écrit à la première personne, une jeune femme raconte ou plutôt se livre à son gynécologue le temps d’une consultation, sur ses fantasmes et ses obsessions. Son langage est cru, direct, sans retenue. Elle s’adresse aux femmes qui ont renoncé à leur liberté, accrochées aux conventions sociales.

Sans culpabilité, cette jeune femme veut s’offrir « a jewish cock », allez savoir pourquoi, en nous offrant ce petit roman complètement fou et satyrique.

Editions Grasset (août 2021)
Traduit de l’anglais par Pierre Demarty

Née en Allemagne en 1987, Katharina Volckmer s’est installée à l’âge de 19 ans à Londres où elle travaille aujourd’hui pour une agence littéraire. Son premier roman, Jewish cock, dont les droits mondiaux ont été confiés à Grasset, a connu un accueil exceptionnel dans le monde entier. Traduit dans une quinzaine de pays, ce monologue « digne d’Alexander Portnoy » (The New York Times), « transgressif, incendiaire et plein d’humour noir » (The New Yorker), a été considéré comme l’un des meilleurs livres publiés en 2020 par The Times Literary Supplement, et comme « le livre le plus explosif de l’année » par le magazine Rolling Stone.

L’étrangère, Olga Merino

Angie est revenue dans le village de son enfance, en Espagne, depuis une dizaine d’années. Pourtant, elle est toujours l’étrangère. Celle qui vit isolée et solitaire dans sa maison, une existence rude, sèche, spartiate.

Un jour, accompagnée d’un autre réprouvé – l’homme noir, sans papier, ouvrier agricole consciencieux et calme – il découvre le corps de Don Julian , le grand propriétaire terrien de la région, pendu.
Un drame qui devient presque habituel dans ce coin d’Espagne, des suicides parsèment l’histoire de la famille de Don Julian et d’autres habitants.
Un passé troublant, dans lequel va commencer à creuser Angie.

Grâce à l’écriture d’Olga Merino, on sent la chaleur sèche d’Espagne, la poussière sous laquelle se terre les secrets, les regards en coin, les menaces latentes, et la puissance d’Angie, cette femme seule, qui affronte chaque obstacle avec opiniâtreté.

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