Askja, Ian Manook

askja ian manookUn décor de cendre et de lave figée par le temps, sombre et mystérieux, Kornelius l’inspecteur aux allures de troll vient enquêter sur un crime. Seulement, à son arrivée, pas de corps. Il devait y avoir une femme nue, rousse, étendue, du sang. Rien.
Un peu plus loin, près de Reykjavik, au fond d’un cratère endormi, haut lieu touristique, une culotte rouge, un tesson de bouteille, et du sang. Toujours pas de corps.
Empêtré dans ces mystères, se rajoute un sniper qui canarde les lieux touristiques et effraie les vacanciers. Ces trois enquêtes ont probablement un lien. Lequel ?

Ian Manook pose très très bien le décor, les coins désertiques, sauvages, de lave, de sombre, de l’Islande. Les bains chauds où les corps se délassent. Les lieux touristiques atypiques avec carcasse d’avion sur une plage de sable noir. … On croirait se balader dans cette Islande lointaine.
Il rajoute quelques anecdotes historiques, sociologiques, qui épaississent le trait. Lire la suite

La vie en chantier, Pete Fromm

la vie en chantierTaz et Marnie vivent au fin fond du Montana, dans une vieille bicoque où tout est à refaire. Un chantier qui n’en finit pas, avec les dettes qui s’accumulent et les boulots un peu trop rares. Mais ils sont heureux, ils rayonnent de bonheur, d’amour, de solidarité. Marnie rabroue Taz, le met dans le droit chemin, lui rappelle la réalité des choses, un peu brute, franche, mais le sourire et la tendresse à tous les coins du cœur. Taz aime faire bien les choses, passe des heures à assembler un meuble, se laisse déborder par toutes les tâches, mais son amour absolu et pur pour Marnie le guide, le fait avancer, le cadre.
Et Marnie va pousser un peu plus fort Taz à faire les choses, parce que Marnie a le ventre qui s’arrondit chaque mois un peu plus. Et bientôt il faudra une vraie maison pour un vrai bébé.

Puis le drame.
Cinquante pages, le lecteur ou la lectrice, est déjà plein d’amour pour ce couple authentique, généreux et beau, et Pete Fromm brise le cœur de Taz et le nôtre en même temps. Lire la suite

Une Bête au Paradis, Cécile Coulon

une-bete au paradis, coulon, avis, critiqueUne vieille ferme, isolée au bout du monde. Une vieille femme, courbée par le temps, tordue par les épreuves, dépose un bouquet de fleurs sauvages au milieu d’une fosse à cochons désertée.
Cette femme c’est Blanche, la dernière survivante, la dernière qui tient, la femme seule, la résiliente.
Avant elle, il y a eu sa mère, Marianne, mais surtout sa grand-mère Émilienne.
Le Paradis, c’est Marianne qui l’a nommé ainsi, ce coin du monde où elle pensait trouver l’harmonie et la paix.
Mais les drames et les épreuves en décideront autrement.

Quel livre.
Quelles femmes.
Quel lieu.
Cécile Coulon décrit avec âpreté, force, et intensité, cette ferme, ces paysages, et ces personnages. Ce roman est comme une tragédie grecque : huis-clos où se joue mille manigances, où les blessures ne se referment jamais, où la vengeance reste tapie en attendant son heure. Lire la suite

Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai

titus n'aimait pas bérénice azoulai pol folio[Poche / Livre Audio]
Une femme, triste comme les pierres, la maîtresse abandonnée par son amant retourné au foyer familial, se plonge dans Racine, y cherche une réponse, un appui, une échappée.

Et nous voilà embarqué.e.s dans une biographie de Racine.
Fascinante. Vivante, vraie, proche, moderne.
La recherche de soi, de sa forme d’art, de son écriture. La quête du bon mot, de la bonne traduction, de trouver le rythme et le sens.
La concurrence. Molière le chouchou, Corneille l’érudit.
L’orgueil, l’ego qui se prend quelques coups.
L’amour, les femmes qui inspirent, qui manipulent, que l’auteur manipule aussi : la place troublante et trouble des Muses.
La passion. La mort. Lire la suite

Le chant des revenants, Jesmyn Ward

le chant des revenants ward belfond avisJojo a treize ans, vit avec ses grands parents, sa mère et sa petite sœur, dans un Mississippi encore imprégné de racisme et de ségrégation. Jojo est métis. Sa mère Léonie est noire, belle, pas très futée, et pas tout à fait sortie de l’adolescence… Folle amoureuse de Michael – un blanc de bonne famille – dont elle attend avec fébrilité la sortie de prison.
Jojo affronte le monde avec sérieux, responsabilité et colère. Il prend soin de sa petite sœur, Kayla, qui trouve toujours le moyen de se lover contre lui ou de lui grimper sur les épaules.
Il n’a pas confiance en sa mère, qui se comporte avec trop d’insouciance, et se drogue.
Léonie fait ce qu’elle peut, mais au fond tout ce qu’elle veut c’est son homme. Elle aime ses enfants, mais ne sait pas quoi en faire.
Le grand père sert de parent référent à Jojo. Ensemble, ils discutent, se transmettent les choses. Il est solide, posé, aimant et doux. Mais aussi blessé et meurtrit par un passé douloureux, notamment un séjour au pénitencier où il a vécu et vu des choses affreuses sur lesquelles il ne parvient à mettre de mots.
La grand mère, sorcière chaman guérisseuse, est alitée, rongée de toutes parts par le cancer. Elle tente encore parfois de guider les siens, mais elle cherche au fond à mourir comme il faut. Lire la suite