Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai

titus n'aimait pas bérénice azoulai pol folio[Poche / Livre Audio]
Une femme, triste comme les pierres, la maîtresse abandonnée par son amant retourné au foyer familial, se plonge dans Racine, y cherche une réponse, un appui, une échappée.

Et nous voilà embarqué.e.s dans une biographie de Racine.
Fascinante. Vivante, vraie, proche, moderne.
La recherche de soi, de sa forme d’art, de son écriture. La quête du bon mot, de la bonne traduction, de trouver le rythme et le sens.
La concurrence. Molière le chouchou, Corneille l’érudit.
L’orgueil, l’ego qui se prend quelques coups.
L’amour, les femmes qui inspirent, qui manipulent, que l’auteur manipule aussi : la place troublante et trouble des Muses.
La passion. La mort. Lire la suite

Le chant des revenants, Jesmyn Ward

le chant des revenants ward belfond avisJojo a treize ans, vit avec ses grands parents, sa mère et sa petite sœur, dans un Mississippi encore imprégné de racisme et de ségrégation. Jojo est métis. Sa mère Léonie est noire, belle, pas très futée, et pas tout à fait sortie de l’adolescence… Folle amoureuse de Michael – un blanc de bonne famille – dont elle attend avec fébrilité la sortie de prison.
Jojo affronte le monde avec sérieux, responsabilité et colère. Il prend soin de sa petite sœur, Kayla, qui trouve toujours le moyen de se lover contre lui ou de lui grimper sur les épaules.
Il n’a pas confiance en sa mère, qui se comporte avec trop d’insouciance, et se drogue.
Léonie fait ce qu’elle peut, mais au fond tout ce qu’elle veut c’est son homme. Elle aime ses enfants, mais ne sait pas quoi en faire.
Le grand père sert de parent référent à Jojo. Ensemble, ils discutent, se transmettent les choses. Il est solide, posé, aimant et doux. Mais aussi blessé et meurtrit par un passé douloureux, notamment un séjour au pénitencier où il a vécu et vu des choses affreuses sur lesquelles il ne parvient à mettre de mots.
La grand mère, sorcière chaman guérisseuse, est alitée, rongée de toutes parts par le cancer. Elle tente encore parfois de guider les siens, mais elle cherche au fond à mourir comme il faut. Lire la suite

Dans le faisceau des vivants, Valérie Zenatti

dans le faisceau des vivants zenatti

[Rencontre le samedi 26 janvier 2019, 16h30]

Valérie Zenatti est autrice, et traductrice. Notamment traductrice des oeuvres d’Aharon Appelfeld depuis 2004. Cette rencontre va bouleverser sa vie, son intime. Elle en écrit d’ailleurs un livre, en 2011, un livre (Mensonges) qui évoque cette relation.
4 janvier 2018, Aharon Appelfeld décède.
Valérie Zenatti est dévastée. Elle se renferme, perd les mots.

Par ce livre, Dans le faisceau des vivants, elle raconte son deuil, le choc de la perte, le vivre sans. Elle raconte aussi comment elle s’accroche aux mots d’Appelfeld, à des images de lui, qu’elles cherchent, dont elle se nourrit, pour garder vivant la voix de cet homme si important pour elle.
Puis elle raconte son voyage, jusqu’à la ville où a vécu enfant Appelfeld. Cette ville Czernowitz, où les nazis sont venus l’arracher à sa vie. Lire la suite

Le regard, Ken Liu

ken liu regard belialAurélien Police, illustration de couverture – Pierre-Paul Durastanti, traduction.

Un homme retrouve une prostituée,Jasmine, l’assassine, l’énucle pour récupérer son appareil photographique implanté. On pense que c’est pour ne pas laisser trace de son crime, mais cela va plus loin… Le Surveillant. Il est froid, calculateur, sur de lui, intelligent.
Ruth, ancienne flic, n’est pas remise du meurtre de sa fille (qu’elle aurait peut-être pu sauver). Devenue super détective (elle s’est fait implanter moult améliorations physiques, plus un Régulateur, qu’elle utilise 23h par jour, alors que la règle est normalement d’1h en continu max, qui l’empêche d’être soumise à ses émotions).
La mère de Jasmine/Mona engage Ruth pour retrouver l’assassin de sa fille (les flics ont laissé tomber l’enquête, pensant à un règlement de compte de mafia chinoise). Lire la suite

Manhattan Murmures, Giacomo Bevilacqua

manhattan murmures bevilacqua

Sam est photoreporter, pour se guérir d’une lourde peine, il part s’isoler à New York. Il aime cette ville, il y a une partie de son enfance, un pied à terre. Il espère s’y reconstruire. Son ami et associé lui lance alors le défi d’y rester deux mois sans prononcer un seul mot. Sam accepte. Armé de son appareil photo, un casque sur les oreilles, il sillonne la ville, prend des clichés, et ne communique qu’un minimum avec les gens, et toujours par bouts de papier.
Sam trouve du réconfort dans cette structure rigide, il aime compter les choses, avoir des repères stables.
Sam est aussi un photographe particulier : quand il prend une photo, il ne regarde jamais sur son écran à quoi le cliché ressemble, il ferme les yeux, et enregistre le cliché dans sa mémoire. Une mémoire infaillible.
Puis il va faire développer ses photos.
Sauf que cette fois, trouble, sur une dizaine de photos la silhouette d’une femme, toujours la même, rousse et longiligne. Et il ne se rappelle jamais l’avoir croisée, et encore moins photographiée.
Il décide de retourner dans les lieux où elle est apparue.

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