Jours de sable, Aimée de Jongh

John Clark, jeune photo-journaliste décroche son premier gros contrat : aller prendre des clichés des habitants, de leurs maisons, des paysages, du Dust Bowl.

Dust Bowl, région entre l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, soumise à de terribles tempêtes de poussière, qui recouvrent tout, empêchent la culture des terres, atteignent les poumons des gens, poussent les populations à déserter ces dunes mortifères.

Jours de sable est vraiment une très belle bd et au scénario très bien mené.
Aucun moment d’ennui, l’histoire monte petit à petit en détails et cheminements. Le personnage, ce photo-reporter, passera de l’œil extérieur, témoin, à celui qui s’implique, discute, trouve l’humain.

Intéressantes réflexions sur la manipulation des images, sur le pouvoir de celles-ci. Sur le hors cadre.
Et sur l’implication du photographe par rapport à son sujet.

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Shuggie Bain, Douglas Stuart

Glasgow, années 80, Agnès est une belle femme, toujours très apprêtée, qui ne baisse jamais les yeux, et ne se laisse jamais décontenancer. Après avoir fuit un mariage bien fait, mais trop ennuyeux pour elle, et trop petit bourgeois, elle espère vivre la grande vie, passionnée et passionnante avec le charismatique Shug Bain. Mais… voilà, elle a déjà deux enfants de son précédent mariage qu’elle ne parvient pas à abandonner, et elle se rend rapidement compte qu’elle est une conquête parmi tant d’autres pour le chauffeur de taxi aux yeux de braises.

Et voilà qu’un beau jour Shug, lui promettant un nouveau départ, la lâche elle et ses trois enfants (car le tout jeune Shuggie Bain est né de leur union entre temps) dans un quartier ouvrier (Sighthill) où le chômage est partout, où les maisons suintent l’humidité, où le paysage est sombre de la présence des terrils à l’abandon.

Agnès, le front toujours altier et la tenue impeccable détonne dans ce lieu, subissant les quolibets des commères alentours, et peinant à joindre les deux bouts, elle sombrera rapidement dans l’alcoolisme…

Douglas Stuart signe un roman magistral, une saga familiale intense, percutante. L’atmosphère est rude et en même temps pleine d’une véritable tendresse pour cette famille qui s’accroche coûte que coûte à l’existence.

Le personnage du jeune Shuggie est lumineux et plein de délicatesse dans ce monde tout en grisaille et en délabrement ; une relation intense et très belle, dans le don complet de soi, le lie à sa mère. Une relation magnifique et dévorante, qui dévoile les mécanismes de l’emprise.

Un prix Booker Prize amplement mérité pour ce premier roman, aux résonances autobiographiques.

Editions Globe (Août 2021)

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Le train des enfants Viola Ardone

Naples 1946. Les enfants de la guerre vivent de petits riens, de chaussures trouées et de quelques trésors cachés dans des boites rouillées. Le destin d’Amerigo Speranza va changer. Ces enfants sont envoyés par le parti communiste dans le Nord du pays pour s’instruire et se reconstruire. Déchiré entre deux régions, longtemps séparé de sa mère, l’enfant du pays revient à la case départ mais avec des rêves et deux familles. Avec beaucoup de tendresse, ce roman est bouleversant, drôle, touchant. L’enfance que décrit Amerigo est précieuse, les instants de bonheur tellement rares, les souvenirs aussi. On pense aux choristes, à Cinéma Paradiso. Cette petite voix de huit ans avec ses mots nous vous quittera pas, y compris la salsa genovesa de  la sua mama !

Née en 1974, Viola Ardone est diplômée de lettres. Après quelques années dans l’édition, elle enseigne aujourd’hui l’italien et le latin, tout en collaborant avec différentes publications.

Le train des enfants est son troisième roman.

Editions Albin Michel

Parution Janvier 2021

Un jour viendra, Giulia Caminito

Début 20e.
On suit deux frères, Lupo et Nicola. L’un, Lupo, sauvage, dur, indépendant, en colère. Il va s’engager dans le mouvement de révolte des paysans qui en ont assez de voir toutes leurs récoltes et revenus finir dans les poches des grands propriétaires.
(Révolte qui a très bien été écrite dans le court récit de Milena Agus : Prends Garde)
L’autre, Nicola, réservé, lecteur assidu et solitaire, à la santé fragile, vit en dehors du monde, et beaucoup à travers son frère.

Lupo le protège, le bouscule dans ses habitudes, le soutient, le couve parfois trop.
Une relation très belle, une fraternité forte et complexe, un amour immédiat, où de garçons fusionnels, ils deviennent des hommes indépendants mais liés.

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Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin

Un père et ses deux fils. Une vie tranquille, avec ses malheurs, ses petits bonheurs, sa routine. Une vie quand même, où déjà, il faut se battre, résister, affronter. Le deuil de l’épouse, de la mère. Les factures pas toujours faciles à payer. Le coin (en Lorraine) où la vie et l’activité disparaissent.

Mais ce père et ses deux fils, cette petite famille, tiennent. Solidaires, proches, taiseux souvent mais dans le partage.

Jusqu’au jour où le père apprend que l’aîné, Fus, a été vu avec un groupe d’extrême droite. Il n’y croit pas tellement le père, c’est une erreur. Lui toujours de gauche, lui qui a amené ses fils tracter avec lui quand ils étaient jeunes, eux qui ont toujours connu les ouvriers, les employés, les cégétistes…
Fus esquive, noie le poisson.
Sauf que, oui, ils traînent avec ces gens. Ils collent aussi des affiches de Le Pen un peu partout.

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