Les vilaines, Camila Sosa Villada

Tante Encarna trouve un bébé abandonné dans un parc de Cordoba en Argentine, où elle et ses filles louent leurs corps.

Ensemble, elles retournent dans la grande villa où elles cohabitent. Une communauté de trans soudée, luttant contre les coups, la pauvreté et l’injustice. Se voulant reines mais terminant souvent dans l’anonymat et la misère.

Dans ce premier roman, Camila Sosa Villada fait le portrait tendre et vibrant de ces femmes qui sont nées dans le mauvais corps, et qui n’ont comme choix de vie que celui de la prostitution.
A la fois récit réaliste et conte sombre et poétique, Les Vilaines délivre un message fort de sororité, d’amour de la vie, malgré les violences subies, les meurtres, la peur au ventre en permanence…

Editions Métailié (janvier 2021)

Traduit par : Laura Alcoba

Le coeur synthétique, Chloé Delaume

[Dédicace le mercredi 14 octobre, 18h]

Après des années d’auto-fiction, des années d’essais, d’expérimentations linguistiques et personnelles, Chloé Delaume signe un livre sociétal, drôle, fluide, caustique, et féministe.

Adélaïde a une quarantaine d’années, vient de quitter son compagnon, s’installe dans un tout petit appartement, où les multiples livres emplissent les étagères, font des piles dans les coins, rétrécissent l’espace.
Atteinte de « l’épousite aigue », dès qu’elle rencontre un homme, croise un regard, s’imagine aussitôt la vie de couple, le confort matériel et la sécurité qu’elle apporte.
Mais, à son âge se pose aussi le problème de la « date de péremption » du corps. Une femme, dans notre société, c’est forcément beaucoup moins séduisant passé la quarantaine.

On va donc suivre Adélaïde dans ses pérégrinations de femme cherchant compagnon, faisant face à son invisibilité, aux échecs, aux déceptions, mais aussi, trouvant la force de dresser la tête petit à petit, de se détacher de ses diktats patriarcaux. Entourée de ses amies, dans des soirées où magie blanche et sororité lui permettent de se déconstruire pour mieux se reconstruire, entière dans un monde qui l’a disait « moitié de » tant qu’elle n’était pas en couple, elle va éclore à elle-même.

Un roman délicieux, piquant, où la langue de Delaume se délie dans un style où les mots dansent, virevoltent, frappent et sautillent.

Editions Seuil (août 2020)

Mes bien chères soeurs, Chloé Delaume

CVT_Mes-bien-cheres-soeurs delaumeDans son style qui joue avec les mots, qui frappent juste, le petit sourire en coin et le poing levé, Chloé Delaume délivre un pamphlet féministe.
Elle donne parole, elle prend parole, elle, la femme cisgenre hétérosexuelle (comme elle se définit elle-même, alors que tout de même, elle a « expérimenté ») : alors que cette parole ne lui semblait presque non légitime, et qu’elle la laissait aux autres femmes, celles plus touchées par la violence au quotidien : les lesbiennes, les transgenres, les travesties… Lire la suite