Se taire, Mazarine Pingeot

Mathilde bien éduquée, issue de parents célèbres  se fait piéger par un homme politique, Prix Nobel de la paix. Elle a été violée. De cette violence psychique et physique, elle se tait.

Mazarine Pingeot nous interroge sur la question du silence, du secret qui est analysé au fils des pages comme une auto-destruction de son identité. En effet, son corps qui a souffert ne peut être guéri à cause du poids de la famille qui refuse de parler, de la défendre. Le silence traumatique devient un sacrifice au détriment de sa vie et de sa reconstruction très difficile.

Avec #balancetonporc ou encore #metoo, l’auteure surfe avec beaucoup d’adresse sur la manipulation masculine sur la perversité humaine.
Ce thriller est brillant percutant se dévorant avec beaucoup de fluidité.

Editions Julliard (2019)

 

Barbès trilogie, Marc Villard

[Marc Villard sera présent au salon Paris Polar 2019 – samedi 23 et dimanche 24 novembre – mairie du 13e]

Trois courts romans noirs au cœur du quartier de Barbès, entre la fin des années 1980 et le début du XXIe siècle, où l’incontournable détective solitaire et désabusé est incarné par un éducateur de rue et où les criminels se confondent avec les victimes. Grandiose.

Tramson est un éducateur de rue qui sévit à Paris, dans le célèbre quartier bigarré de Barbès. Son travail ? Tenter dans la mesure du possible de maintenir les adolescents et jeunes majeurs dans le droit chemin en leur évitant la prison et leur trouvant des boulots honnêtes. Entre la came, la prostitution, les règlements de compte et les meurtres passionnels, l’éducateur a du pain sur la planche. Ce n’est pas toujours simple, et les moyens employés pas toujours très légaux. Mais il est bien aidé par sa clique, des jeunes qu’il garde sous son aile et des figures du quartier, notamment Abdullah, imam égrillard à la tête du tribunal populaire qui « rend la justice tous les lundis matin ».

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Un monde sans rivage, Hélène Gaudy

monde sans rivage gaudy actes sudEn 1897, trois hommes partent en dirigeable survoler le Pôle Nord, pour le cartographier du ciel, le photographier, pour y larguer une balise qui marquera leur passage. Seulement, ils s’écrasent. En plein milieu de la banquise.
Trente ans plus tard, on retrouve leurs corps, et les traces qu’ils laissent derrière eux (photos, journaux, tissus…).

Hélène Gaudy raconte aujourd’hui cette histoire, après s’être documentée sur qui étaient ces hommes, ce qu’ils ont vécu, et puis elle a comblé les blancs. Ce livre devient alors à la fois un document sur ces explorateurs un peu fous, rêveurs, ambitieux, et un roman palpitant sur des personnages forts, confrontés à un monde rude. Lire la suite

Ce que l’on sème, Regina Porter

Aux États-Unis, une famille d’ascendance irlandaise, une autre afro-américaine et soixante ans de parcours individuels se rencontrent et s’entrelacent autour de l’Histoire avec un grand H.

Dans les années soixante, pendant que James Vincent fuit sa famille dysfonctionnelle pour devenir un éminent avocat à New York, Agnès Miller aussi quitte sa vie natale pour New York suite à une rencontre traumatisante avec des policiers qui chamboule son existence. Bien que ces deux-là ne se rencontreront jamais, le destin de leur famille et descendants respectifs deviendront inextricablement liés. De la lutte pour les droits civiques à la présidence Obama, en passant par la guerre du Vietnam, chaque personnage traverse la grande histoire en vivant simplement la sienne, avec ses coups de cœur et coups de poignard, ses élans d’humanisme et ses relents d’égoïsme, ses besoins d’évasion et ceux de retour aux origines.

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Le ghetto intérieur, Santiago H. Amigorena

Vincente , d’origine polonaise s’installe à Buenos Aires à la fin des années 20.Laissant sa mère et son frère, il assiste de l’autre côté de l’Atlantique à la montée du fascisme, au quartier juif devenu un ghetto. Vincente au fil des pages sombre dans le silence .De son exil, il ressent culpabilité, incapacité à agir, à délivrer sa famille de la barbarie qui les attend. Des rares lettres qu’il reçoit de sa mère, Vincente ne peut  ressentir que sa propre impuissance allant jusqu’au désir de mort. Santiago H. Amigorena décrit avec justesse les sentiments dévorant de tristesse  d’un homme enfermé dans le silence de plus en plus noir, si loin, à l’abri mais complètement désarmé.

Edition P.O.L (2019)