Dans le faisceau des vivants, Valérie Zenatti

dans le faisceau des vivants zenatti

[Rencontre le samedi 26 janvier 2019, 16h30]

Valérie Zenatti est autrice, et traductrice. Notamment traductrice des oeuvres d’Aharon Appelfeld depuis 2004. Cette rencontre va bouleverser sa vie, son intime. Elle en écrit d’ailleurs un livre, en 2011, un livre (Mensonges) qui évoque cette relation.
4 janvier 2018, Aharon Appelfeld décède.
Valérie Zenatti est dévastée. Elle se renferme, perd les mots.

Par ce livre, Dans le faisceau des vivants, elle raconte son deuil, le choc de la perte, le vivre sans. Elle raconte aussi comment elle s’accroche aux mots d’Appelfeld, à des images de lui, qu’elles cherchent, dont elle se nourrit, pour garder vivant la voix de cet homme si important pour elle.
Puis elle raconte son voyage, jusqu’à la ville où a vécu enfant Appelfeld. Cette ville Czernowitz, où les nazis sont venus l’arracher à sa vie. Lire la suite

Idaho, Emily Ruskovich

idaho emily ruskovich gallmeisterAu fin fond de l’Idaho, une femme et un homme, vieillissant.e.s. Ann, douce, aimante, attentionnée, guette avec amour et inquiétude son époux, Wade. Celui-ci a de soudains accès de démence : brutal, violent, il surgit derrière elle et lui écrase soudainement la tête contre la paroi du frigo, sans rien dire. Quelques minutes. Elle ne bouge plus, n’ose rien dire… Wade recule. La regarde. Ne comprend pas ce qu’il vient de se passer. Il sait juste, que, comme son père à son âge, il est en train de perdre la raison. Mais cette violence, Ann sait qu’elle vient d’ailleurs, d’avant, de la vie de Wade quand il était marié avec Jenny et avait deux jolies petites filles June et May. Elle sait le drame terrible qui a fait exploser cette famille. Mais elle ne sait pas pourquoi. Elle ne sait pas vraiment comment. Et cela la hante. La curiosité, la culpabilité, la compassion. Elle veut savoir, elle veut comprendre.

Ce roman est captivant. Les secrets sont partout, comme des lierres envahissants, emprisonnants. Ils enserrent et étouffent.
Emily Ruskovich déroule son intrigue pas à pas, dans une mélancolie silencieuse, des personnages dans l’acceptation plus ou moins soumise aux événements. Les personnages sont pleins de leurs chagrins. Pris dans cet Idaho sec, froid, et dur, où les maux ne franchissent pas les lèvres.

Tout est vécu de l’intérieur des personnages, leurs regards forcément tronqués, sensibles, retenus, sur ce qu’ils voient, ce qu’ils comprennent, ce qu’ils ressentent. En lisant ces pages, on devient rapidement l’un de ses protagonistes, cherchant, dans les signes, les réponses, les appuis pour ne pas sombrer.
Des personnages intenses, des histoires terribles.

On aime June et May, ces gamines qui jouent à la poupée, à se révéler des avenirs secrets, à se faire la gueule et à se crier dessus. On comprend le regard impuissant des parents face aux troubles de leurs enfants soumis aux affres de l’adolescence qui arrive.

On aime Wade, l’homme meurtrit, doux, simple, dont on sent le visage buriné, marqué par le temps, les longs hivers en Idaho, les épreuves.

On aime Ann, sa persévérance, sa délicatesse, celle qui tient tout à bout de bras, qui veut sauver quelque chose de bon, de meilleur, de ce monde alourdit par la peine.

On aime Jenny, celle qui a commis l’infanticide, celle qui ne s’accorde plus rien, qui vit recluse dans sa prison, sans parler à quiconque, sans sortir, à frotter les sols, les yeux et les poumons brûlés par les produits ménagers.

Et les autres… les quelques autres… qui ajouteront leur solitude, leur chagrin, et leur force de survivre à ce monde.

Avec Idaho, on avance au bord d’un précipice, en équilibre, à vouloir avancer, que les peines se dénouent, que les mystères se soulèvent, à avoir peur de ce que l’on va découvrir, du faux pas, de sombrer plutôt que d’avancer.

Bref.
Un roman majestueux.

Traduction Simon Baril
Edition Gallmeister (03.06. 18)

Un écrivain, Laure Arcelin

un ecrivain arcelin robert laffont

[Rencontre Dédicace : Jeudi 6 décembre 2018, 18h]

Un écrivain confidentiel écrit un roman policier qui connaît un succès fulgurant, et obtient le Goncourt. L’écrivain, plutôt solitaire, amoureux des mots, est de plus en plus souvent pris pour son personnage (confusion assez commune), un homme à femmes, qui aime les mondanités, et se montre assez égocentrique.

Petit à petit, l’écrivain se sent étouffer par son personnage, et se perd dans cette vie qui ressemble de moins en moins à la sienne et de plus en plus à celle de son personnage. Lire la suite

L’hiver du mécontentement, Thomas B. Reverdy

hiver du mécontement reverdy flammarion avis critique chronique dédicace signature rencontre[Rencontre le samedi 24 novembre 2018, 16h]

Prix Interallié 2018.

Londres, 1978-1979.
Des manifestations, des grèves, la ville ralentit, puis est paralysée. En plein hiver. Les poubelles s’entassent dans les rues, les problèmes de transport provoquent de tels retards que les londoniens ne travaillent plus que quelques heures par jour. Tout le monde finit par prendre un nouveau rythme. Tout le monde attend que quelque chose change, que quelque chose se passe.

Londres, hiver 1978-1979, punk rock, rage de vivre, envie de bouleversement.
Sid Vicious assassine Nancy Spungen, à sa sortie de prison il se suicide d’une overdose. Les Sex Pistols disparaissent, The Clash sont là. Et Joy Division. Moins violents, mais pas moins sombres.
Londres se meurt, se révolte, sent la rage de vivre et les poignets liés dans une société où il n’y a pas d’avenir. No Future. Lire la suite

Les filles de Salem, Thomas Gilbert

les-filles-de-salemUne plongée passionnante et terrifiante dans l’univers étriqué et oppressant de la colonie de Salem, en Nouvelle-Angleterre, au 17e siècle. Un village dont le nom restera tristement célèbre pour l’affaire dite des « Sorcières » qu’Abigail nous raconte, elle qui, à 17 ans, fut une des victimes de l’obscurantisme et du fanatisme religieux à l’œuvre. Tout commence quand un jeune garçon lui offre un joli petit âne en bois sculpté… (présentation de l’éditeur)

L’histoire commence tranquillement, tout en douces couleurs de printemps/été, à la campagne. Petit village, champs de blés et forêt luxuriante. Abigail vit paisiblement, avec son père et sa belle-mère. Puis… les choses, petit à petit, prennent un tour plus oppressant, angoissant, terrifiant. Les pages s’obscurcissent au fur et à mesure que le puritanisme puise dans la haine et la violence. Les figures prennent des allures démoniaques. Les décors des airs de cauchemars. Lire la suite