Vera, Karl Geary

vera karl geary rivagesHistoire de Sonny, un ado coincé dans une vie terne. Famille pauvre, famille de taiseux. Sonny ne veut pas prendre le chemin d’études dans le manuel, devenir ouvrier, mais il ne sait pas non plus quoi et comment faire autrement. Sonny qui est dans une école « de bourges », un lycée d’études générales, qui pourrait avoir sa chance, mais qui n’y trouve pas sa place.

Il est le pauvre, le débile, le voleur.
Sonny qui vole des bouts de vélos pour s’en construire un.
Sonny qui bosse le soir à la boucherie pour gagner quelques pièces, mais refuse de s’imaginer en faire son métier.
Sonny qui aide son père le week-end pour des travaux de bâtiments, et gagne encore trois pièces.
Des pièces, et des trésors d’objets qu’il planque dans une cachette secrète de la salle de bain. Lui qui rêve de s’échapper.
Il retrouve parfois Sharon à l’Antre des Chats, un coin sombre et planqué sur des rochers. Ensemble ils fument, boivent, et cassent leurs peines en silence, en se chahutant.

Puis Sonny croise Véra, la belle et énigmatique femme riche qui vit toute seule dans sa grande maison.
Immédiatement fasciné, attiré, aimanté, il va se rapprocher d’elle, et une troublante relation va naître, qui va les sauver, un peu, tous les deux, de leur solitude.

Étrange livre. Vraiment troublant.
Le narrateur s’adresse à Sonny. Ce « tu » qui implique immédiatement le lecteur, dirige son regard, en fait un témoin presque actif sur la vie de cet ado.
Au départ, on ne comprend pas. On est perdu. On ne sait pas bien où l’auteur veut nous mener. Véra apparaît rapidement, mais disparaît souvent, longtemps. Sauf qu’elle magnétise. Et Sonny, que l’on suit à la trace, un petit gamin comme un autre, d’un coup, brutalement, émeut, inquiète.
Entre son besoin de s’affirmer, de se trouver, de devenir adulte, et ses hormones qui le travaillent, c’est avant tout un grand besoin d’affection dont tous ses actes témoignent. Et… peut-être encore plus : un grand besoin de prendre soin de quelqu’un. Sonny est un tendre, un sensible, un protecteur. Ce p’tit gars paumé a les bras assez grand et la poitrine assez large pour entourer la détresse d’un autre, et le soutenir.

Je n’aurais pas choisi ce titre, je n’aurais pas choisi ce bandeau (« histoire d’amour inoubliable »), c’est trompeur. Véra, c’est l’histoire de Sonny, c’est un roman avec un personnage adolescent puissant, silencieux, observateur. C’est un roman sur la solitude, la maladie, l’amour décomplexé et altruiste. C’est un livre qui vous écorche le cœur.

Par quelques aspects, il m’a rappelé Une histoire des loups. Des adolescents taiseux, solitaires, fascinés par une étrangère fragile, de la mélancolie, des non dits.

  Éditions Rivages 30.08.2017

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