Le coeur synthétique, Chloé Delaume

[Dédicace le mercredi 14 octobre, 18h]

Après des années d’auto-fiction, des années d’essais, d’expérimentations linguistiques et personnelles, Chloé Delaume signe un livre sociétal, drôle, fluide, caustique, et féministe.

Adélaïde a une quarantaine d’années, vient de quitter son compagnon, s’installe dans un tout petit appartement, où les multiples livres emplissent les étagères, font des piles dans les coins, rétrécissent l’espace.
Atteinte de « l’épousite aigue », dès qu’elle rencontre un homme, croise un regard, s’imagine aussitôt la vie de couple, le confort matériel et la sécurité qu’elle apporte.
Mais, à son âge se pose aussi le problème de la « date de péremption » du corps. Une femme, dans notre société, c’est forcément beaucoup moins séduisant passé la quarantaine.

On va donc suivre Adélaïde dans ses pérégrinations de femme cherchant compagnon, faisant face à son invisibilité, aux échecs, aux déceptions, mais aussi, trouvant la force de dresser la tête petit à petit, de se détacher de ses diktats patriarcaux. Entourée de ses amies, dans des soirées où magie blanche et sororité lui permettent de se déconstruire pour mieux se reconstruire, entière dans un monde qui l’a disait « moitié de » tant qu’elle n’était pas en couple, elle va éclore à elle-même.

Un roman délicieux, piquant, où la langue de Delaume se délie dans un style où les mots dansent, virevoltent, frappent et sautillent.

Editions Seuil (août 2020)

Betty, Tiffany McDaniel

Betty, fille d’une blanche et d’un indien, dans les années 60, au cœur de l’Ohio. Issue d’une famille nombreuse, elle est la plus mate de peau. Et elle va nous raconter son histoire.

Betty, c’est un roman saga, on suit cette famille, on en découvre les secrets terribles, la solidarité et les rivalités, la vie en milieu rural, le racisme, la beauté et la richesse de la nature. Betty se fait la narratrice, la gardienne des mots, celle qui conjure le sort par des poèmes, ou lance des prières aux aigles. L’écriture comme un refuge, une force, une magie, Betty dresse le portrait de sa famille, avec vitalité, sincérité, et un grand sens de la justice.

Lire la suite

Des vies à découvert, Barbara Kingsolver

Deux récits parallèles se répondent, s’alimentent, se font écho : celui de Mary Treat, scientifique botaniste, et entomologiste célèbre du XIXe siècle, et celui de Willa Knox, journaliste au chômage prise dans les filets d’une vie qui s’écroule.
Deux périodes qui se font incroyablement écho avec ce qui se passe aujourd’hui, avec le gouvernement actuel américain.

Tout se passe à Vineland (New Jersey), une ville utopiste, créé par Charles Landis, société utopique sans alcool basée sur l’agriculture et la pensée progressiste. Un lieu où la société aurait du mieux vivre, mais où les inégalités sociales et la fermeture aux idées modernes vont creuser les écarts, au profit du promoteur politicien Landis.

Le parallèle entre Landis et Trump est plus que frappant : la mégalomanie, la fermeture aux théories scientifiques, la priorité aux riches… et l’aveuglement face aux problèmes sociétaux. Les descriptions de l’un, les sous entendus sur l’autre, sont très grinçants.

Lire la suite

Femmes sans merci, Camilla Läckberg

Femmes sans merci

Les Femmes sans merci de ce livre sont trois femmes, trois femmes mariées à des hommes violents. Violence physique, violence psychologique. Trois femmes retenues prisonnières d’une prison que leurs époux ont bâtis autour d’elles. De dehors, ce sont des couples sans problème, rien ne transparaît. Mais Camilla Läckberg ouvre tout de suite en grand la porte et fait voler en éclats les faux-semblants.

Quelle efficacité ! Une construction parfaite, un style qui en quelques mots posent une ambiance et des images fortes, nous fait entrer dans la tête des personnages, et crée une empathie immédiate.

Ce livre, c’est aussi celui de l’éveil de ses femmes, qui n’en peuvent plus. Un déclic, l’humiliation de trop, et elles décident d’agir.

Ce dernier Camilla Läckberg est une plongée dans cette nouvelle vague féministe, celle de #metoo, Adèle Haenel et Virginie Despentes. Ce roman noir est un coup de couteau vengeur contre le patriarcat et les violences faites aux femmes.

Éditions Actes Sud (2020)
Traduction Rémi Cassaigne

Le chien noir, Lucie Baratte

le-chien-noir_lucie baratte

Une jeune et jolie princesse, Eugénie, vit recluse dans son château. Elle est retenue enfermée par son père, le Roi Cruel, à la discipline de fer, qui ne supporte aucun écart de son peuple ou de sa propre fille, écrasant tout le monde sous une montagne de décrets.
Voulant se débarrasser de cet élément de désordre, il est prêt à donner sa fille au premier qui traversera le pont et aura une fortune plus élevée que sa dot.

Au bout d’un certain temps et d’un temps certain se présente un roi. Il n’est connu de personne, vient d’un pays si lointain que le Roi Cruel n’y a jamais imposée sa soif de conquête. Le Roi Barbiche est étrange, très sombre, il est très mystérieux et entourée d’une aura de brutalité, alors qu’il se montre assez compréhensif, patient et doux envers Eugénie. Lire la suite